L’aliénation épidermique n’est pas si simple que ça…

Partout, vraiment partout dans le monde, spécifiquement dans les communautés émanant de l’esclavagisme, on unifie des bras contre le racisme blanc. On a l’impression que le monde marche à reculons. La xénophobie raciale à son summum avec un président américain hystérique à l’égard de la mélanine ; le FN qui gagne du terrain avec les Le pen en france ;  et un monde qui tend de jour en jour vers l’extrême droitisation, donc, relativement, la répulsion de l’autre sur le plan migratoire ; le déni de l’altérité. Hantés par la gloire de la première république noire du monde, les haïtiens semblent oublier l’accentuation de la racialisation des rapports sociaux. On dirait, pour le moins, qu’on vit dans le pays qui gère le mieux la différence entre les apparences épidermiques. D’autre part, on cloue au pilori les gens qui décapent leur peau par moyen de maintes prestidigitations dermatologiques. Ce phénomène qu’on appelle “complexe de Michael Jackson” ou, plus vulgairement, “douco” en haiti est, supposons nous, la manifestation d’un racisme latent ;  une aliénation ancrée dans nos habitus.

Il faut comprendre que l’identité épidermique en Haïti constitue un bien symbolique tendant à être objet d’échange au cours duquel surgit une hausse ou une baisse d’appréciation du capital social du sujet. Lequel capital devant être fructifié en cherchant à enjoliver son apparence physique pour être plus compétitif (ve) sur le marché de l’amour où souvent on bluffe pour obnubiler les tendances économico-sexuelles. Cette quête de beauté, d’un bizarre embellissement renvoie surtout au fait de s’accomoder à l’identité sociale dominante. Dans le contexte haïtien, c’est avoir la coloration épidermique des gens traditionnellement mieux placés sur l’échelle de l’économie ou qui jouissent dans la conscience collective d’un préjugé favorable vu que nous n’avons jamais rompu avec les shèmes de perception liés à l’esclavage des noirs. La situation paraîtrait analogue, si on considère le blanchissement de la peau comme une échappatoire, un illusoire moyen d’accès à un bien mieux positionnement social. Une sorte d’affranchi d’aujourd’hui.  Autrement dit, cette foule de gens qui concoctent toutes sortes d’ingrédients pour échauder leur peau en vue de faire montre d’une écorce blanche ne sont pas des espèces à part, indifférents à nos habitudes souvent triturées d’hypocrisie.

On aura toujours des gens à identité épidermique douteuse, tant qu’on leur stigmatise publiquement pourtant ils sont les plus convoités pour les élégantes sorties vespérales ou pour les besoins relatifs à notre libido dans les coulisses de notre lit. Qu’on ne s’étonne pas du fait que les prostituées dominicaines sont les plus demandées dans les maisons closes haïtiennes  ! ce n’est pas vraiment par souci d’exotisme, mais un auto-rejet, un reniement de soi tout court. Tant que chaque personne à peau foncée se fait appeler ” Dessalines” – perception pejorativement connotée- et que celle-ci personnifie la laideur, qu’on ne se mente pas  !  notre identité continuera d’être fissurée. L’aliénation n’est pas si superficielle que ça.

L’urgence est de mise. un sursis doit être observé à l’égard de ces gens victimes d’une société mal fagotée. Une société qui ne s’accepte pas. On ne doit pas clamer un noir et fier pêle-mêle alors que dans notre for intérieur, les réflexes esthétiques sont aimantés par le modèle humain à teint clair. Les sociétés noires, particuliérement Haïti, devraient revoir les shèmes de perception qu’elles suggèrent dans leur système éducatif, y compris les différentes instances de socialisation primaire, pour un remodelage holistique dans lequel chaque citoyen sera bien ancré psychosocialement. Ce faisant, l’estime de soi même de la société sera décuplée. Ça ne sert à rien d’invectiver de manière isolée chaque “douco man” ou “douco woman”, car nous sommes tous  structurés par une “douco society”.

J. Kendy Clermont

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